Les acteurs de la controverse autour du papyrus sont nombreux. En effet, selon les
périodes historiques et les botanistes qui en parlaient, la description du papyrus n’était
jamais la même. Un vrai noeud scientifique et descriptif s’est formé autour de cette
plante. Parmi les botanistes majeurs ayant étudié le sujet, on en trouve 4 principaux qui
ont montré de nombreux points de désaccords à travers les siècles : Dioscoride, Pline,
Théodore Theophraste et Jacques Daléchamps.
Dioscoride
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Biographie :
Né vers 25 après J.-C. En Turquie, mort vers 90. Médecin, pharmacologue et botaniste, il publia le traité
De materia medica, regroupant la description de 600 plantes médicinales, leur vertus et utilisations.
Description du papyrus et controverse :
Dioscoride est persuadé que la racine du papyrus est comestible. Dioscoride et Pline mentionnaient
aussi le papyrus pour ses emplois médicaux :
« Ce sont les propriétés absorbantes de la moelle qui sont essentiellement utilisées et les
deux auteurs précisent, probablement d’après la même source grecque, les usages de la
plante dans le traitement des ulcères et des fistules. On utilise le papyrus pour rouvrir des
plaies consécutives à des ulcères quand la cicatrisation ne se fait pas de façon
satisfaisante. Le papyrus est alors appliqué sur la plaie et l’on attend qu’il absorbe le
liquide purulent qui infecte la plaie. »
Dalechamps
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Biographie :
Né en 1513 et mort en 1588. Médecin et naturaliste actif à Lyon, Dalechamps cumulait les qualités du
philologue et celles du naturaliste. Il publie à la fois des éditions de textes anciens (en particulier une
édition de Pline l’Ancien) et un traité de botanique, l’Historia generalis plantarum. Comme ce traité a une
large base compilatoire, il traite des plantes décrites dans les traités de l’Antiquité.
Description du papyrus et controverse :
Voici ce qu’il écrit à propos du papyrus, dans un passage où ce qui l’intéresse, c’est l’intérêt de la plante
d’un point de vue médical :
« La cendre du papyrus sert à reserrer les ulceres corrosifs, en quelque partie qu’ils soient,
et principalement ceux de la bouche : mais la cendre de la charte [la cendre du papier] bruslée a
encore plus d’efficace. Quant à ce qu’il adjouste que les Egyptiens mangeoient la racine du papyrus,
nous avons desja monstré que cela soit faux ».
Pline l'Ancien
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Biographie :
Né en 23 après J.-C. dans le nord de l’Italie, mort en 79 à Stabies, Pline était un écrivain et naturaliste
romain, auteur d’Historia Naturalis, un ouvrage comptant trente sept volumes et regroupant toutes les
connaissances scientifiques de son époque. Mort au moment de l’éruption de Vésuve, en août 79, Pline
l'ancien a lu Théophraste et il écrit son grand ouvrage, l’Histoire naturelle en utilisant des fiches établies
à partir de la littérature grecque antérieure. Beaucoup des auteurs qu’il connaissait sont aujourd’hui
perdus.
Description du papyrus et controverse :
Il traite du papyrus au livre XIII de l’histoire naturelle au milieu d’un chapitre consacré aux plantes
d’Egype :
Pline reprend la plus grande partie des propos de Théophraste et précise même nombre d’usages. Pour
les livres, par exemple, il explique que les plus anciens livres découverts à rome étaient copiés sur du
papyrus : « (..) le greffier Cnéus Terentius, en défonçant son champ du Janicule, exhuma un sarcophage
ayant contenu le corps du roi Numa. A l’intérieur, il découvrit, sous le consulat de Publius Cornélius
Céthégus (...) soit 535 ans après le règne de Numa, les livres de celui-ci. Ils étaient de papyrus, et ce qui
rend la chose plus étonnante encore, c’est qu’ils se soient conservés, après être demeurés enfouis si
longtemps ».
Théodore Théophraste
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Biographie :
IVe siècle avant Jésus Christ, il fut influencé par Aristote. Théophraste a laissé deux ouvrages de
botanique : l’Historia plantarum et le De causis plantarum.
Description du papyrus et controverse :
L’ Historia plantarum (en grec Περί φυτών ἱστορία) contient un chapitre concernant le papyrus où on lit :
« Le papyrus pousse dans une faible hauteur d’eau : deux coudées seulement et parfois même moins.
Sa racine est grosse comme le poignet d’un homme vigoureux et longue de plus de dix coudées »
et un peu plus loin : « On utilise les racines en guise de bois non seulement comme combustible,
mais aussi pour confectionner toutes sortes d’objets mobiliers, car ce bois est abondant et de belle qualité ».
[traduction de Suzanne Amigues]
Ulisse Aldrovandovi
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Biographie :
Né en 1522 et mort en 1605, Aldrovandi est un naturaliste italien, professeur à l’université de Bologne. Il
constitue à Bologne un jardin botanique, un musée et une bibliothèque léguée à l’université après son
décès. Ulisse Aldrovandi s’intéresse à toutes les plantes. En 1580, il répond à un correspondant, le
sénateur bolonais Camillo Paleotti qui lui demande ce que c’est, finalement, que le papyrus des anciens.
Commencée comme une simple lettre, la réponse prend finalement la forme d’un traité complet, encore
manuscrit aujourd’hui.
Description du papyrus et controverse :
Voici ce qu’il écrit à propos de la valeur symbolique du papyrus, en décalquant l’œuvre d’un bénédictin
poitevin du XIVe siècle, Pierre Bersuire :
« Meritamente parmi dover descriver et aggionger qua le bellissime similitudini che gli theologi pigliano dalla forma et natura di questo nostro papiro referendolo alla attione humana dicendo che l’huomo
perfetto debbe in tutto esser simile al papiro il qual huomo nasce in luoghi humidi, cioè nell’humore
della divotione et compassione et questo homo perfetto deve esser esteriormente verde nel convertare
per l’honestà et tondo per la volontà dell’obedienza, liscio et uguale per la verità et simplicità et
mansueto per la benignità et interiormente deve havere candida la medolla della volontà et conscienza
per la purità dell’innocenza; molle per la benignità della clemenza; secca per l’asperità dell’astinenza »
Traduction : Il me semble juste de décrire et d'ajouter ici les belles similitudes que les théologiens tirent
de la forme et de la nature de ce papyrus le renvoyant à l'action humaine en disant que l'homme parfait
doit en tout être semblable au papyrus parce qu’il naît dans les lieux humides , c'est-à-dire dans la terre
de la dévotion et de la compassion et cet homme parfait doit être extérieurement vert en se
convertissant pour l'honnêteté et rond pour la volonté d'obéissance, lisse et égal pour la vérité et la
simplicité et doux pour la gentillesse et intérieurement il doit avoir la moelle du volonté blanche et
conscience pour la pureté de l'innocence ; doux pour la gentillesse de la clémence; sec en raison de la
dureté de l'abstinence.
Melchior Wieland
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Biographie :
Né en 1520, mort en 1589, Wieland est un botaniste prussien, actif en Italie, comme directeur du jardin
botanique de Padoue. Il publie en 1572 un traité sur le papyrus, largement influencé par le voyage
d’étude qu’il fit en Orient et qui se termina par un enlèvement par les pirates. Wieland (en latin
Guilandinus) n’est pas un spécialiste de l’établissement des textes, mais il croise souvent ce qu’il peut
lire avec ce qu’il a vu effectivement.
Voici comment il décrit son voyage en Egypte :
Cum enim in Aegypto peregrinarer et magna cura in omnes eius regionis stirpes inquirerem, nunquam potui in
papyrum incidere cuius thyrsi seu uirgae ad summum septem cubita excederent.
Traduction : Alors que je voyageais en Egypte et que j’examinais toutes les plantes de cette région avec grand soin, je n’ai
jamais pu trouver de papyrus dont les tiges ou thyrses excédassent sept coudées.
Et il finit en concluant que si l’erreur ne vient pas de Pline dont la renommée exclut qu’il ait pu faire une telle erreur,
elle vient forcément des copistes médiévaux dont l’incurie n’a d’égale que l’ignorance.